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  • Marie-Anne

Tex - Nouvelle Originale

Coucou tout le monde! Ça fait longtemps, oupsi!


Me revoilà aujourd'hui pour vous partager une nouvelle originale, écrite par mes soins, dans le cadre du Concours Don Quichotte, un concours de nouvelles ! Malheureusement, le nombre de participants a été atteint avant que je puisse soumettre mes écrits, et par conséquent, je me retrouve avec une nouvelle sans savoir vraiment quoi en faire, ...


C'est une amie qui m'a proposée de la publier sur L'Estudiantine, donc voilà : je vous souhaite une bonne lecture !


Ah ! A savoir que le thème était "Cabinet de curiosités", qu'il ne fallait pas dépasser 6 pages (j'en ai écrit 5), et que nous avions une image à notre disposition ; il fallait choisir un élément de cette image et créer l'intrigue autour ! Je vous laisse deviner quel élément j'ai choisi !




TEX


Les portes automatiques s’ouvrirent devant Tex. Le petit garçon risqua un coup d’oeil méfiant dans l’immense hall qui était apparu devant lui, cherchant à analyser chaque détail. Et des détails, il y en avait peu. Qu’il s’agisse des murs, du sol ou du plafond, tout était blanc, lisse, et froid. En se concentrant, le garçonnet pouvait presque entendre le bruit de sa propre respiration. Cela lui fit un peu peur. Il aperçut toutefois au fond du hall, perdu dans l’immensité, un petit bureau blanc, et se sentit vaguement rassuré.


Pas de vide. Surtout pas de vide. Le vide angoissait Tex.


Le garçon leva les yeux vers son père. Ce dernier l’observait discrètement, son éternel sourire en coin scotché au visage. C’était la première fois que Tex allait entrer dans ce qu’on appelait communément le Cimetière, et si toute son enfance il avait attendu cet instant avec impatience, maintenant qu’il était là, l’appréhension le gagnait.


Pénétrer le Cimetière, cela revenait à effectuer un rite de passage. On ne pouvait y accéder que si un parent décidait d’y amener son enfant, et il s’agissait d’une très grande preuve de confiance de la part des adultes. Car le Cimetière était à mi-chemin entre un musée d’objets oubliés et un cabinet de curiosités offrant un aperçu sur une réalité passée, enterrée. Y accéder, c’était grandir d’un coup, prendre conscience de l’éphémérité d’une époque, d’un monde. Le père de Tex lui avait toujours dit que, en son temps, lorsque son propre père l’avait accompagné la première fois au Cimetière, il en était ressorti plus tourmenté, plus grave, mais plus conscient aussi, et définitivement changé. Sur cet aspect en revanche, il était resté très évasif, refusant de livrer quelque détail que ce soit.


Le petit garçon pris une inspiration, et avança d’un pas, suivi par son aîné. Les portes automatiques se refermèrent silencieusement derrière eux. Hésitant, Tex lança un regard à son père, qui le poussa doucement dans le dos, en direction du bureau. Derrière ce dernier, une minuscule femme était assise, cachée à demi par l’écran de son ordinateur. Les cheveux noirs de jais, coupés au carré, elle pianotait sur son clavier, sans un bruit. A l’approche des visiteurs, elle s'interrompit, leva les yeux, sourit, et sans un mot, indiqua d’un geste de la main une porte à sa gauche.


Tex suivit son père. Ce dernier ouvrit la porte et s’effaça pour laisser passer le petit garçon. Du haut de ses onze ans, le garçonnet passa bravement la pas de la porte, en relevant le menton. Il eut le souffle coupé.


Exactement comme ce que lui avait décrit son père, le Cimetière ressemblait à un vieux musée où s’entassaient tout un tas de vieilleries d’une autre époque, de bizarreries et d’instruments inconnus. Si depuis sa naissance Tex évoluait dans un monde blanc, silencieux et aseptisé à l’instar du hall qu’il venait de quitter, cette pièce était l’incarnation de ses rêves les plus fous. Des couleurs, des textures, des odeurs, … Tout ravissait les sens du petit garçon! Son père avait conté à la perfection l’ambiance de cette pièce si particuière, cette profusion de distractions, cette chaleur qui semblait émaner des murs recouverts d’un papier-peint bordeaux à fioritures, des tentures pourpres ou émeraudes, du bois vieilli des meubles restés trop longtemps dans l’obscurité, et Tex se sentait comme chez lui, en mieux.


Cela dit, on ne distinguait pas grand chose. La seule lumière disponible, si elle n’avait pas déjà été absorbée par l’épaisseur de l’atmosphère si particulière qui régnait là, provenait d’un lampadaire en cuivre tâché par la rouille. Mais peu importait! Le petit garçon se laissa engloutir par le Cimetière.

Tantôt il s’approchait d’un renard empaillé aux yeux de verre, tantôt il étudiait un ancien microscope sans trop oser y toucher de peur qu’il ne tombe en poussière. Des bibelots, aux couverts en argent, en passant par de vieux livres cornés, des tableaux, des plantes artificielles, des vitrines derrières lesquelles étaient rangés de manière ordonnée de jolis cailloux ou des billes colorées, Tex observait tout. Et le père observait son fils.


Soudain, Tex, aperçut un scintillement, là bas, caché derrière un vase duquel dépassaient des plumes de paon irisées. Il s’approcha, sous l’oeil presque attendri de son père, comme si ce dernier se perdait dans ses propres souvenirs. Tex tendit la main, et s'empara du petit objet à l’origine du reflet. Relativement lourde, la clé n’avait rien d’extravagant : elle était en fer, mesurait une dizaine de centimètres, et, noué à la boucle, un ruban rouge aux liserés jaunes avait commencé à s'effilocher. Le petit garçon remarqua que la clé n’était pas saupoudrée de poussière, contrairement au reste des trésors entreposés dans la pièce. Plus étrange encore, elle était tiède, presque chaude.

D’un rapide mouvement, Tex se tourna vers son père qui, dans la pénombre et sans un bruit, s’était approché.

— C’est celle-ci, n’est-ce pas?, demanda le garçonnet, une excitation palpable dans la voix.

Son père hocha la tête. Il s’agissait de la relique la plus précieuse du Cimetière. Car c’était cette clé qui, précisément, donnait un aperçu sur le monde tel qu’il aurait pu être.


Chaque soir, avant de s’endormir, Tex avait eu pour habitude de réclamer des histoires à son père. Rapidement, le petit garçon avait semblé fasciné par l’étrange cabinet de curiosités, et particulièrement par la clé qui y était cachée. Cette clé, ornée d’un vieux ruban, recelait un secret bien gardé. Dès qu’on l’insérait dans la serrure d’une petite porte dérobée, un passage apparaissait, si minuscule que seul un enfant pouvait s’y faufiler. Le passage débouchait sur une étrange dimension parallèle, pleine d’images et de couleurs, or de l’espace et du temps. Ce qu’on y voyait alors était si personnel qu’il était difficile de placer des mots dessus, et de transmettre la force des émotions qui nous traversaient.

Cette description impossible avait provoqué en Tex des rêves tout autant que des cauchemars, et le jeune garçon s’était promis qu’un jour, lorsqu’il visiterait le Cimetière, il trouverait la clé à l’instar de son père.


Si ce dernier avait été autorisé à dévoiler l’existence de la clé, il n’aurait servi à rien d’indiquer à Tex comment la trouver ou quel était le secret qu’elle renfermait. En effet, nombreux étaient les jeunes visiteurs à la chercher des heures durant sans s’en approcher une seconde, motivés par ce goût d’extraordinaire qui crépitait dans l’air lorsqu’on mentionnait l’étrange relique. Ce que peu savaient, c’est que la clé choisissait elle-même à qui se dévoiler.


Tex s’empara alors de la clé, et il sut instinctivement où trouver le passage dérobé. Sans aucune hésitation, il saisit les bords d’une vieille commode qu’il fit pivoter afin de l’éloigner du mur. Derrière, sur le papier-peint, se découpait un rectangle de moins d’un mètre de hauteur, et d’à peine cinquante centimètres de largeur. Une vieille serrure rouillée attendait.

La main tremblante, Tex inséra la clé, et la fit pivoter d’un coup de poignet. La petite porte s’ouvrit. Sans un regard en arrière, le petit garçon s’engouffra à quatre-pattes dans le passage, et avança dans le noir aveuglant. Il tâtonna pendant ce qui lui parut sembler une éternité, et petit à petit, il sentit l’angoisse étreindre de nouveau sa poitrine, plus fort cette fois. Sans aucune repère visuel, le petit garçon affrontait le vide, et pour la première fois, il se sentait de taille ; le jeu en valait la chandelle.


Alors que Tex se demandait combien de temps encore il lui faudrait ramper dans le petit passage, une petite lumière se mit à clignoter au dessus de son épaule droite, bientôt suivit d’une autre petite loupiote près de son poignet. En quelques secondes, des milliers de petits pixels lumineux apparurent, jusqu'à se fondre les uns aux autres. Lorsque le petit garçon regarda autour de lui, il s'aperçut qu’il était encore sur les genoux, sur une plateforme en verre circulaire, au dessus de laquelle était érigé un dôme aux volutes changeantes oscillants entre le bleu et le violet. Il se leva, tourna sur lui-même, le nez en l’air, cherchant à comprendre où il était. Déstabilisé, il attendait l’extraordinaire tant espéré.


Il patienta. Longtemps.


Finalement, le garçonnet décida de s'asseoir en tailleur à même le sol. Après un long moment, tandis que les ombres sur le dôme s'obscurcissaient en un ciel d’encre parsemé d’étoiles, Tex se sentit violemment projeté vers l’avant et aspiré par ce qui semblait être un courant d’énergie blanche. Affolé, le petit garçon chercha à se débattre, à s’extirper de la lumière dont il était prisonnier ; battant des bras et des jambes, il tenta de se retourner, pour courir vers le centre du dôme, retrouver le passage et se réfugier dans les bras de son père ! Mais à chacune de ses tentatives, l'énergie semblait resserrer son étreinte autour du petit garçon, qui n’eut bientôt plus d’autre choix que celui de s’abandonner. Et aussitôt que Tex renonça à se débattre, le courant de lumière le libéra ; une sensation de flotter dans le vide s’empara du petit garçon qui, de nouveau, se trouvait dans les ténèbres, seul avec lui-même.


C’est alors qu’il comprit. Qu’il comprit tout. Il fut tellement secoué par l’écrasante évidence que les larmes lui montèrent aux yeux. La clé, c’était lui. Il lâcha la clé qu’il tenait encore serré dans sa paume, et se sentit libéré d’un poids. Les angoisses qui l’avaient suivi durant toute son enfance s’estompèrent, une confiance nouvelle émergea, et Tex, dans un élan de pleine conscience, sentit en lui une certitude grandir ; celle d'être capable. Capable de quoi? Il n’en savait trop rien. Mais il savait que désormais, rien ne l’empêcherait plus d’oser.


Le petit garçon ferma les paupières, les larmes coulant sur ses joues. Il était heureux.


Quand il les rouvrit, il était de nouveau dans le Cimetière. Son père se trouvait à côté de lui, n’osant le bousculer. Lui aussi savait. Il savait que son fils ne serait plus jamais le même, qu’en un instant il avait grandit, qu’il avait comprit.


En silence, père et fils retournèrent dans le hall blanc et silencieux. Le petit garçon n’avait plus peur.

— Avez-vous trouvé ce que vous recherchiez?, demanda la jeune femme derrière le bureau en s’adressant à Tex.

Le petit garçon hocha la tête. Il allait s’excuser d’avoir perdu la clé lorsque son père posa une main rassurante sur son épaule. Il échangea un regard complice avec l’hôtesse d’accueil, et doucement, guida son fils vers la sortie du Cimetière.


Le garçonnet se sentit renaître. Les portes automatiques se refermèrent derrière lui.


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