Rechercher
  • Marie-Anne

Réflexion sur le harcèlement scolaire

J’ai décidé aujourd’hui d'écrire sur le harcèlement scolaire.


Vous le savez, il s'agit d'une problématique qui me touche énormément, et je vous avais promis un article sur le sujet.




I. Contacts Utiles


Tout d'abord, voici une liste de sites à consulter et de numéros de téléphone à noter si vous en avez besoin, si vous connaissez quelqu'un subissant du harcèlement scolaire:


- le site du Gouvernement

- un document produit pas l'Unicef

- le site de l'Association Hugo

- le site de l'association Helloasso

- Numéro Vert : 3020 - Service et appel gratuits, ouvert du lundi au vendredi de 9h à 20h et le samedi de 9h à 18h (sauf les jours fériés).

- Numéro Net Ecoute : 0800 200 000 - Numéro vert national gratuit, anonyme, confidentiel et ouvert du lundi au vendredi de 9h à 19h, au sujet du cyber-harcèlement. Ce numéro est géré par l'association E-Enfance


II. Le harcèlement scolaire, qu'est ce que c'est?


Le harcèlement, on en a tous une idée plus ou moins claire. Mais qu'es ce que c'est exactement?


1. Les caractéristiques du harcèlement scolaire


Je vais ici vous donner les clés pour identifier du harcèlement scolaire lorsque vous en voyez, ou lorsqu'on vous fait part de situations ambiguës.


En milieu scolaire notamment, le harcèlement possède trois caractéristiques:

- C'est violent. On note un rapport de force et de domination entre un ou plusieurs élèves et une ou plusieurs victimes. - Ça dure dans le temps, c'est répétitif. - Ça isole. La victime se retrouve seule, et sans défense.


2. Pourquoi y a t il du harcèlement scolaire dans les cours de récréations?


Le harcèlement, c'est le rejet de la différence, la stigmatisation de certaines caractéristiques. Par exemple, on a:

- L'apparence physique, avec le poids, la taille, la couleur ou le type de cheveux, ...

- Le sexe, l’identité de genre, avec un garçon jugé trop efféminé, une fille jugée trop masculine, quand un jugement est porté sur l'orientation sexuelle affirmée ou supposée

- Un handicap, qu'il soit physique, psychique ou mental

- Un trouble de la communication qui affecte la parole tels qu'un bégaiement ou des bredouillements, par exemple

- L’appartenance à un groupe social ou culturel particulier, avec le fait de ne pas pouvoir s'acheter des vêtements de marque, ...

- Des centres d’intérêts qui diffèrent de ceux qu'on la majorité du groupe

Le harcèlement revêt des aspects différents en fonction de l’âge et du sexe, il évolue, comme nous. En primaire et au collège, d'après les informations que j'ai pu recueillir, le physique joue énormément, ainsi que l'appartenance à un groupe social, et les centres d'intérêt.


II. Mon histoire


1. Avant


Vous devez déjà savoir qu’en 2017, j’ai choisi de participer au concours Miss France. Au delà des paillettes et de l’expérience incroyable, la raison pour laquelle j’ai voulu devenir Miss Auvergne et représenter ainsi ma région au concours national, était que je voulais me battre ouvertement contre le harcèlement scolaire.


Entre mes 10 ans et mes 14 ans, j’en ai subit à l'école, et dans le cadre d'activités extra-scolaire. Même si mon harcèlement fut plutôt passif -autrement dit, je n’ai pas pris énormément de coups, mais on m’ignorait constamment-, il contribua largement à ce que je me fasse une idée de ma personne extrêmement négative. Au cours de cette période, j’étais persuadée que je ne méritais tout simplement pas l’amitié de mes camarades, l’amour de qui que ce soit, je n'étais pas assez, je n'étais rien, je ne valais rien.


Ce sentiment de ne pas être à la hauteur m’a suivie pendant des années, et qu’on le veuille ou non, parfois, quand je dois faire face à un coup dur, il m’arrive encore d’avoir ces mêmes pensées parasites et infondées. La différence, c’est qu’aujourd’hui, je sais que je ne suis plus cette petite fille de 10 ans, je peux me raisonner. C'est ce qui me manquait à l'époque. Je vous dit cela pour que vous mesuriez que lorsqu'on est victime de harcèlement scolaire, ça nous suit pendant des années.


Lorsqu’on devient Miss, on est d’emblée médiatisée. Je voulais accéder à ce statut pour deux raisons: tout d’abord il s’agissait de prouver à mes anciens camarades de classe que j’avais réussi à faire quelque chose qu’ils seraient à jamais incapables d’exécuter. Cependant, il s’agissait surtout de me prouver, à moi, que je pouvais être qui je voulais, et que pour cela, je n’avais besoin de l’approbation de personne.


Justement, pour devenir Miss, j'ai utilisé ce pour quoi on me harcelait de base: ma taille, et ma manière de parler (pour moi, la première place s'est jouée au discours, que je travaillais littéralement tous les jours depuis 4 mois).


2. Pendant


Il est évident que lorsqu’un public vous suit, vous pouvez parler, et surtout vous faire entendre. C’est pour cette raison que j’ai voulu dès le départ mettre le thème du harcèlement scolaire comme figure de proue de mon année de “règne” (oui désolée, ça fait un peu "j'me la pète" de dire ça).


J’avais un an devant moi, il fallait que ça compte! Je suis fière de ce que j’ai pu faire durant cette année là: j’ai participé à l’émission Ca commence aujourd’hui, sur France 2 (le lien de mon intervention ici), où j’ai pu, selon le concept de l’émission, partager mon expérience, accompagnée d’autres invités (l'émission complète ici). J’ai également pu aller dans les écoles, collèges, pour parler aux élèves, leur faire prendre conscience des choses.


A Aurillac, le jour de la Journée Internationale des Droits de la Femme, en 2018, j’ai été particulièrement bouleversée d’intervenir dans un collège où tout le monde avait entendu parler de cette jeune fille de 13 ans, d’un autre établissement, qui s’était donné la mort à cause du harcèlement scolaire, deux semaines plus tôt. Ma propre sœur a également dû surmonter le suicide d’une amie de primaire; elle avait 15 ans. Les deux filles se sont donné la mort par pendaison. Une autre jeune fille de 13 ans, dans ma petite ville, à Riom, s’est jetée du haut des escaliers de son collège et est décédée dans l’ambulance. Le harcèlement scolaire était également à l’origine de son acte désespéré.


C’est choquant, je sais, et je suis désolée de devoir l'écrire sur ce blog que je veux joyeux et frais, mais c'est la vérité. Oui, c’est au delà de ce qu’on peut accepter, mais ça arrive, et bien plus souvent que ce que l’on pourrait imaginer.


3. Après


Pourquoi vous dis-je tout cela?


Nous arrivons au point clé de cette réflexion, à ce pour quoi j'ai décidé d'écrire.

Vous avez compris que la lutte contre le harcèlement scolaire est vraiment, une thématique sociétale dans laquelle je m’engage. Mais finalement, même si j’ai beaucoup souffert du harcèlement, ce n’est que très récemment que j’ai compris que j’y avais aussi participé.


Lorsque j’étais en 6ème et en 5ème, une fille de ma classe était encore moins populaire que moi auprès de nos camarades communs. Nous allons l’appeler Noémie.


Noémie adorait les chevaux, le faisait peut-être un peu trop savoir, elle avait des notes moyennes, ne s’habillait pas à la mode, et en plus de cela, elle était très timide et rigolait dès qu’on lui adressait la parole. Tout comme à moi, on lui avait attribué le surnom de SAF, Sans Amis Fixes. Et bien, alors même que j’étais harcelée durant ces années, je ne me gênais pas pour lui lancer des piques, lui dire des choses franchement méchantes, la critiquer ouvertement ou “derrière son dos”.


Je lui faisais subir littéralement ce que je subissais, même si je me souviens quand même avoir tenté plusieurs fois d'aller vers elle et d'être son amie. Il s'agissait vraiment d'un étrange mélange de sentiments.


4. Maintenant


Je pense que c'est primordial d'ouvrir les yeux. Longtemps, je me suis considérée comme l'entière victime, et oui, j'ai été victime du harcèlement scolaire. Mais sans même m'en rendre compte j'y ai aussi participé, et ce n'est que des années plus tard que je me suis rendue compte de l'impact que mes mots avaient pu avoir sur ma camarade!


Depuis quelques mois maintenant, je me creuse la mémoire pour retrouver son nom de famille, pour faire une recherche sur Facebook, et voir ce qu’elle est devenue. Car depuis que j’ai pris conscience que moi aussi, pour rentrer dans le moule, me protéger et détourner l’attention des autres élèves, j’avais participé au harcèlement scolaire contre une pauvre fille qui n’avait rien demandé, je porte sur mes épaules le poids de la culpabilité.


La morale de l’histoire, c’est que le harcèlement scolaire est un fléau encore pire que ce que l’on nous dépeint. On peut être harcelé et harceleur. Et quand on est enfant, ou jeune adolescent, ce qu’on veut, c’est la reconnaissance sociale; on s’en fiche de savoir comment l’obtenir. Rabaisser les autres c’est encore ce qu’il y a de plus simple!


Si vous avez des enfants autour de vous, si vous travaillez auprès d’eux, s’il vous plaît, prenez soins d’eux et écoutez les vraiment. La charge qui pèse sur leurs épaules est lourde. Ce sont des personnalités en construction, et il faut préserver les adultes qu’ils deviendront.


Et le monde n'est pas tout noir ou tout blanc; il ne faut pas l'oublier. Moi qui n'ai jamais voulu faire de mal, j'en ai pourtant fait malgré moi, et il faut avoir conscience de ces paradoxes pour travailler sur soi, être plus tolérant, mieux comprendre les autres, et mieux les accompagner. Comme je le dis dans l'émission Ça commence aujourd'hui, je ne suis même pas sûre que mes harceleurs se soient vraiment rendus compte du mal qu'ils faisaient... D'une certaine manière, je parlais de moi sans même en avoir conscience.


Je vous remercie de m’avoir lue, je suis fière de vous avoir partagé cette expérience, bien que cela n'aie pas été évident, et j’espère que cet article accompagnera vos réflexions sur le sujet.


A bientôt,

- Marie-Anne -


41 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout